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La dose fait le poison

Des plantes toxiques - Partie 3 de la série

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La 3ème partie de notre série consacrée aux plantes toxiques s'intéresse à quelques-unes des nombreuses plantes domestiques dont les substances vénéneuses sont utilisées en médecine, ou bien évitées ou éliminées.

Il est difficile de croire que des substances végétales fortement vénéneuses aient des applications médicales. Theophrastus Bombastus von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse, mort à 47 ans d'un empoisonnement dû au mercure, savait déjà que : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison ».

Dans le monde des plantes, plus de 20 groupes de différents poisons ont été identifiés, pouvant être absorbés par la respiration, la peau ou la bouche, et dont les effets peuvent être très différents. Voici les principaux groupes :

  • Les alcaloïdes, par ex. l'aconitine présente dans l'aconit napel, l'atropine dans le brugmansia ou la solanine des morelles noires.
  • Les huiles essentielles, comme la thuyone de l'absinthe (armoise amère).
  • Les glucosides, par ex. la digitoxine de la digitale pourpre.
  • Les peptides et les protéines, par ex. la phaséoline des haricots verts ou la ricine du ricin commun.
  • Les saponines, par ex. la digitonine de la digitale pourpre.
  • Les acides, comme les acides oxaliques de l'arum ou le cyanure d'hydrogène de l'amande amère.

Correctement dosées, les substances végétales toxiques peuvent faire office de remède ou de point de départ pour élaborer un médicament.

L'arnica - oui en externe, non en interne

En usage externe, l'arnica montana jaune d'or est un remède formidable contre les douleurs dorsales, les lumbagos, les contusions, les ecchymoses, les entorses, les hématomes, les inflammations veineuses superficielles, les douleurs articulaires et musculaires rhumatismales. Elle possède des vertus anti-inflammatoires, antalgiques, et antiseptiques.

 

Les plantes toxiques : la série en quatre parties d'A.Vogel :

 

Reste que les sesquiterpènes à fonction lactone, ces mêmes substances à l'effet apaisant et réparateur sur la peau, agissent en usage interne de manière toxique ; elles déclenchent des suées, des besoins douloureux d'uriner ou d'aller à la selle, des maux gastro-intestinaux, des palpitations et des difficultés respiratoires, et peuvent être responsables de fausses-couches.

Même si une infusion de fleurs de cette plante classée « peu toxique » est prescrite, elle doit être utilisée uniquement en application externe.Contrairement à la phytothérapie qui transforme essentiellement les fleurs et les rameaux de l'arnica, l'homéopathie a recours aux racines, en plus des fleurs ; dans ce cas seulement, l'usage interne est courant.

La belladonne - un poison sucré

La belladonne (Atropa belladonna) fait partie de la famille des solanacées, elle est réputée « très toxique ». Dans les centres anti-poison, les appels d'urgence pour cause d'absorption des baies noires, luisantes et sucrées, mûres en fin d'été, sont légion. Chez les enfants, la dose mortelle est de trois à quatre fruits, et de dix à douze chez les adultes. Les feuilles sont encore plus toxiques.

La plante contient une multitude de substances vénéneuses, entre autres des alcaloïdes tropaniques, qui agissent sur le système nerveux central et provoquent des états d'ivresse et des hallucinations.

On utilise en médecine l'atropine et la scolopamine (des alcaloïdes), issues des plantes séchées, et leurs dérivés synthétiques. En raison de leur effet antispasmodique et engourdissant sur les muscles, les remèdes préparés sont utiles en cas de constipation (colite spastique), de coliques biliaires ou néphrétiques. Certains médicaments contre la toux contiennent de l'atropine ; on l'utilisait autrefois contre l'asthme, mais cette pratique a disparu. Comme l'atropine augmente le rythme cardiaque, elle est utilisée en anesthésie, dans les soins d'urgence et intensifs, ou pour le traitement d'une fréquence cardiaque trop basse. Les gouttes de belladonne sont distillées dans les diagnostics oculaires afin de dilater les pupilles. En outre, l'atropine est injectée comme antidote contre les intoxications dues à l'amanite tue-mouche, aux pesticides et aux gaz neurotoxiques.

Les colchiques - du poison pour la goutte

Photo : Les colchiques, Fotolia winwun

 

Cette plante toxique ne constitue pas un remède naturel (phytothérapie) au sens propre, car sa substance vénéneuse essentielle, la colchicine, est utilisée en médecine exclusivement sous forme de corps pur. La colchicine en comprimés soumis à prescription n'intervient plus qu'en cas de crises aiguës de goutte (ou de leur prévention pendant une courte durée), et non plus comme traitement. En Suisse, contrairement à l'Allemagne et aux États-Unis, aucun médicament contenant de la colchicine n'est autorisé. La recherche scientifique procède à des essais en vue d'utiliser le poison dans les thérapies anticancéreuses, car il empêche les cellules et les noyaux cellulaires de se diviser.

En dilutions homéopathiques, la colchicine est prescrite contre la nausée, la gastrite, la diarrhée et les rhumatismes, elle est toutefois soumise à prescription jusqu'à la dilution D3 incluse.

Toutes les parties du colchique d'automne (Colchicum autumnale) et notamment les fleurs, sont « très toxiques » pour les humains comme pour les animaux. Au printemps, on ne voit que les feuilles (inodorantes), or des cas d'intoxication surviennent régulièrement, car elles peuvent être confondues avec les feuilles d'ail des ours (lesquelles sentent l'ail). En automne, les feuilles disparaissent au profit de belles fleurs roses ou mauves, qui parsèment les prés et les prairies. Les symptômes de l'intoxication apparaissent entre 2 et 18 heures, sous forme de sévère inflammation gastro-intestinale et de gastro-entérite, jusqu'à la détresse respiratoire et au syndrome de défaillance multiviscérale. Il faut savoir qu'un cinquantième de gramme de colchicine suffit à tuer un adulte.

La scille maritime - elle agit sur le cœur

Photo : Scille maritime, Fotolia XK

 

Drimia maritima, également appelée scille ou urginée maritime, pousse dans le bassin méditerranéen et à Ténériffe. Alfred Vogel évoque une trouvaille sur la presqu'île grecque du Péloponnèse : « Tandis que je me tenais à côté d'une grande tige d'environ un mètre de haut ornée de fleurs, j'ai observé la plante de plus près et j'ai constaté qu'il s'agissait d'une véritable scille maritime. Comme j'en avais de toute façon besoin pour mes préparations de teintures, je l'ai déterrée, elle est apparue alors aussi grosse qu'un petit chou. Comme je devais rentrer à la maison quelques jours plus tard, j'ai alors joyeusement rangé mon oignon dans mon sac à provisions, et je suis rentré tranquillement avec Swissair en passant par Rome ».

La plante entière est toxique, notamment son oignon imposant. Découpée en petits morceaux, elle provoque des éruptions cutanées et des cloques. Sa consommation est mortelle, y compris en très faible quantité. La scille maritime contient des glucosides cardiotoniques similaires à ceux de la digitale pourpre (Digitalis), aussi est-elle utilisée dans les cas légers d'insuffisance cardiaque.

Autrefois, on coupait les peaux d'oignons charnues en morceaux pour en récupérer les substances ; de nos jours, on n'utilise quasiment plus que le corps pur, la proscillaridine. L'effet est plus rapide, moins tenace et moins cumulatif que pour la digitale (concentration en cas d'utilisation répétée).

La grande chélidoine - une sève vénéneuse

Photo : Grande chélidoine (Chelidonium majus), W. Jost

 

Les fleurs jaunes à quatre feuilles se rencontrent de mai à octobre dans les jardins, sur les bords des chemins, les éboulis, les fentes des murs et même en montagne. Avec ses 70 cm de hauteur, la grande chélidoine (Chelidonium majus) fait partie des Papavéracées ; la plante entière renferme des alcaloïdes plus ou moins toxiques, qui se concentrent en automne dans les racines et deviennent alors très dangereux. Lorsqu'on casse la tige, une sève laiteuse jaune orangé, amère et vénéneuse apparaît. Elle est utilisée dans la médecine populaire pour soigner les verrues et les callosités. En usage interne (infusion, teinture) cette plante a des effets positifs (sur les voies biliaires, action antispasmodique et apaisante) ; mais elle n'est pas toujours conseillée, car en cas d'utilisation prolongée, on la soupçonne de détériorer le foie.

Le grand pétasite - non toxique, mais ...

Photo : Grand pétasite (Petasites hybridus), 123RF I. Sokolov


Les fleurs étranges du grand pétasite (Petasites hybridus/P. officinalis) poussent entre mars et mai dans les endroits humides, comme les bords des torrents. Après la floraison, les feuilles d'abord petites deviennent immenses, elles peuvent atteindre un mètre de longueur. Le pétasite n'est pas vénéneux. Cependant, les alcaloïdes pyrrolizidiniques qu'il contient forment des liaisons toxiques dans l'organisme, précisément dans le foie. En cas d'utilisation prolongée, les alcaloïdes pyrrolizidiniques peuvent détériorer le foie, favoriser l'apparition de cancers et se révéler génotoxiques (déficiences devenant héréditaires).


Aussi est-il recommandé d'absorber le grand pétasite uniquement sous forme de remède préparé, car les substances potentiellement dangereuses sont alors éliminées. On obtient alors de la racine de cette plante un remède efficace en cas de spasmes des voies digestives ou urinaires et génitales, de maux de tête ainsi qu'en prévention de la migraine. Il existe un remède anti-allergique, préparé à partir des feuilles du grand pétasite, utile pour traiter le rhume des foins, il n'est toutefois autorisé pour le moment qu'en Suisse et en Corée du Sud.

 

Auteure : Ingrid Zehnder, 7-8.14

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