Les cultures associées avec des arbres protègent le climat et améliorent la fertilité des sols. Les jardins‑forêts et l’agroforesterie pourraient donc contribuer à rendre la production alimentaire plus durable.
Texte : Gisela Dürselen
Le fait que les êtres humains utilisent des arbres dans l’agriculture n’a rien de nouveau. Dans les régions tropicales et subtropicales existe une longue tradition de homegardens : une forme d’agriculture arborée regroupant de nombreuses plantes comestibles, souvent associées à de la volaille ou à des animaux pâturant sous les arbres, parfois même à de petits étangs pour l’élevage de poissons.
Cette méthode de culture repose sur la diversité et fournit tout ce qui est essentiel à la vie : nourriture, plantes médicinales, bois de chauffage et matériau de construction.
L’équivalent européen du homegarden tropical était pendant des siècles les vergers haute‑tige, les Waldweiden du Jura suisse ou les châtaigneraies du Tessin ; en Europe du Sud, les oliveraies servaient de pâturage.
Avec l’agriculture moderne, ces méthodes sont tombées dans l’oubli et ont été remplacées par des monocultures qui, bien qu’elles facilitent le travail, rendent les plantes plus vulnérables et créent de nouveaux problèmes environnementaux.
La solution pourrait résider dans les jardins‑forêts urbains et dans une agriculture qui redécouvre les anciens principes des systèmes arborés :
Une agriculture basée sur la diversité à petite échelle plutôt que sur de vastes surfaces uniformes.
Elle préserve l’environnement et le climat et promet des récoltes généreuses aussi bien aux jardiniers qu’aux agriculteurs.

Dans un jardin de permaculture classique, on trouve également des plantes à fleurs pour les insectes, des arbustes à baies pour les oiseaux, ainsi que des tas de branches et de bois morts servant d’habitat aux petits animaux.
L’espace est divisé en cinq zones selon le principe des courtes distances.
L’idée du jardin‑forêt moderne provient de la permaculture, qui s’inspire des cycles naturels.
Un jardin‑forêt typique de permaculture est composé principalement de plantes comestibles vivaces, réparties en différentes strates végétales.
Dans les tropiques, on distingue sept couches ; dans les zones tempérées, au moins trois, en raison des conditions de lumière différentes :
Au jardin de l’Institut autrichien du jardin‑forêt à Wels (Alpes autrichiennes), on trouve parfois sept strates ou plus.
Bernhard Gruber, designer en permaculture et président de l’institut, explique :
« Nous disposons de moins de lumière que dans les tropiques, mais nous avons la chute saisonnière des feuilles et un étalement dans le temps. Il faut un certain temps pour que la canopée se referme. Avant cela, des plantes comme l’ail des ours ou la baie de mai captent déjà la lumière. Les kiwis mûrissent lorsque les premiers arbres commencent à perdre leurs feuilles. »
Selon la taille du terrain et le travail investi, un jardin‑forêt peut être géré intensivement (en taillant) ou extensivement (en laissant faire la nature), explique Volker Kranz, designer en permaculture près de Brême.
« Soit on taille les arbres, arbustes et adventices au profit de la strate herbacée – soit on laisse faire. Les légumes deviennent alors plus rares et le travail se limite à récolter fruits et plantes sauvages. »

Selon Volker Kranz, le cycle naturel de la permaculture est déterminé par la succession écologique.
Une friche se couvre d’abord de plantes pionnières comme les églantiers ; viennent ensuite les bouleaux et les saules, qui réduisent la lumière dans les couches inférieures.
Au bout du processus se trouve la forêt, dont les grands arbres ombragent le sol.
Lorsqu’un arbre meurt, une nouvelle clairière apparaît et le cycle recommence.
La lumière est donc un facteur clé pour déterminer où une plante peut pousser.
Cette dynamique naturelle doit être intégrée dans la conception des jardins‑forêts, car ils développent au fil du temps leur propre microclimat.
Il n’existe pas encore de définition officielle de ce qu’est exactement un jardin‑forêt.
Certain·es experts considèrent qu’il faut au minimum 5000 m², selon la définition internationale d’une forêt.
Pour Volker Kranz, la taille est importante mais dépend aussi de la localisation : un minuscule jardin‑forêt entouré de béton dans une îlot de chaleur urbain évoluera différemment du même jardin situé à côté d’un parc ancien.
Bernhard Gruber estime quant à lui qu’aucune surface n’est trop petite pour appliquer le principe des strates et contribuer à la biodiversité, au climat et à la qualité de vie urbaine.
L’idée des Tiny Forests vient du botaniste japonais Akira Miyawaki (années 1970) : préparation du sol, grande diversité et densité de plantation.
Elle est aujourd’hui testée dans de nombreuses villes européennes pour s’adapter au changement climatique.

Lorsque les plantes des mini‑forêts urbaines sont comestibles, elles peuvent contribuer à l’autoproduction alimentaire en ville.
Des surfaces adaptées existent en abondance : dans les jardins privés comme dans les parcs publics.
Dans son livre publié en 2021, Bernhard Gruber plaide pour un retour de la production alimentaire vers les habitant·es : « Les aliments doivent être cultivés en ville — pas besoin de grandes surfaces, mais de petites zones très diversifiées. »
Contrairement aux terres agricoles intensives, les sols forestiers intacts sont riches en humus et en micro‑organismes. Le développement de l’humus est donc une clé du jardin‑forêt.
Un spécialiste de l'amélioration des sols dégradés par l’agroforesterie est le Suisse‑Brésilien Ernst Götsch. Il a mis au point une méthode combinant savoirs ancestraux et techniques modernes : des machines plus légères, moins compactantes, permettant une meilleure infiltration de l’eau.
Sa pratique se nomme agriculture syntropique (Syntropic Agriculture).
Le terme syntropie vient du grec : « ensemble, avec ». Dans les cultures mixtes syntropiques, plantes et organismes se renforcent mutuellement. Le rôle humain : planter, tailler, pailler pour soutenir ce système. La réussite est visible sur sa ferme Olhos D’Água (Bahia, Brésil) : un ancien sol stérile est devenu un jardin tropical luxuriant où il récolte cacao, bananes, poivre et ananas sans produits chimiques.

Les cultures mixtes agroforestières, combinant arbres, prairies, pâturages ou cultures, sont plus productives que les monocultures.
Cette idée gagne progressivement du terrain.
En Suisse, le réseau IG Agroforst a été créé ; en Autriche, la Arge Agroforst ; en Allemagne, le Fachverband für Agroforstwirtschaft.
Ces organisations visent à préserver les savoirs traditionnels, diffuser de nouvelles connaissances et soutenir les agriculteurs dans la mise en œuvre.
Des recherches sont en cours pour déterminer :

Trésors du jardin‑forêt : nèfle, shiitake, topinambour et schisandra. (Photo : Bernhard Gruber)
Que ce soit un petit jardin‑forêt derrière la maison ou une parcelle agroforestière, les deux permettent de récolter presque toute l’année, sans les effets négatifs de l’agriculture conventionnelle.
Exemples décrits par Bernhard Gruber :
Volker Kranz plante :