Depuis plus de 2000 ans, cette plante suscite l’intérêt des humains en raison de sa réputation de porte‑bonheur, de plante médicinale, de son mode de vie inhabituel et de son utilisation en tant que remède controversé.
Dans l’Antiquité déjà, on appliquait le gui sur les abcès pour les ramollir et favoriser leur maturation. Au Moyen Âge, Hildegard von Bingen recommandait de mélanger à parts égales de la poudre de gui du poirier avec de la réglisse et de la prendre à jeun : cela devait soulager les douleurs thoraciques et pulmonaires. On ne sait pas quelles parties de la plante elle utilisait.
Des siècles plus tard, le gui de pommier sauvage était indiqué en cas de maladies pulmonaires. Du XVe siècle jusqu’à la moitié du XIXe siècle, une poudre à base de tiges et de feuilles de gui fut décrite dans de nombreux ouvrages pharmaceutiques européens (pharmacopées) comme traitement de l’épilepsie. Selon la doctrine des signatures, on pensait qu’une plante qui ne tombe jamais de l’arbre pouvait aider contre la « maladie des chutes ».
Au fil du temps, le gui fut également utilisé contre la goutte, l’insuffisance cardiaque, les troubles digestifs et métaboliques, les troubles féminins et les difficultés lors de l’accouchement. Aujourd’hui, les extraits et infusions de gui sont utilisés pour réguler la tension artérielle et pour accompagner les traitements de l’arthrose. En association avec l’aubépine, le gui sert à harmoniser le système cardiovasculaire (par ex. le cœur vieillissant).
Il y a plus de 100 ans, la thérapie au gui fut introduite dans le traitement des personnes atteintes de cancer. Dans la médecine anthroposophique, on administre des extraits aqueux de la plante entière, injectés aux patient·es. On tient compte des particularités saisonnières (récoltes d’été et d’hiver) et on mélange les extraits selon des procédés spécifiques. Des préparations particulières sont aussi réalisées selon l’arbre‑hôte.

Les partisans de la thérapie au gui se réfèrent souvent à une grande quantité d’études disponibles. Cependant, la diversité des préparations, les différences de composition selon les fabricants et la qualité méthodologique souvent insuffisante des études empêchent d'obtenir des conclusions fiables quant à l’efficacité du gui pour freiner, réduire ou stopper la croissance tumorale.
À ce jour, il n’est pas scientifiquement démontré que le gui puisse ralentir un cancer. Par conséquent, cette thérapie ne joue aucun rôle en médecine scientifique.
Le Centre allemand de recherche sur le cancer (dkfz.de) précise clairement :
« La thérapie au gui ne constitue en aucun cas une alternative aux méthodes standard éprouvées comme la chimiothérapie. »

En revanche, la thérapie au gui est considérée (et l’a toujours été) comme une mesure complémentaire susceptible d’améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer. Les effets secondaires des traitements — nausées, fatigue, diarrhées, perte d’appétit et troubles du sommeil — peuvent être atténués.
Elle peut donc être envisagée comme soutien, mais uniquement en concertation avec le personnel médical.
Avec l’essor des immunothérapies modernes en oncologie, le paysage thérapeutique évolue. On distingue :
D’autres méthodes complémentaires peuvent également accompagner ou suivre un traitement oncologique :
phytothérapie, techniques corps‑esprit, thérapies corporelles, acupuncture, médecine traditionnelle chinoise, homéopathie, etc.

Le gui blanc (Viscum album), de la famille des Santalacées, ne pousse pas dans le sol mais sur les arbres. En hiver, ses touffes sphériques, toujours vertes, sont bien visibles dans les branches nues.
Viscum album est un hémiparasite :
Grâce à un système de suçoirs (haustoria), il pénètre l’écorce et puise dans les vaisseaux conducteurs de l’arbre. Cela demande du temps : entre la germination et la première floraison, 5 à 7 ans s’écoulent.
Le gui est dioïque : il existe des plantes mâles et femelles. Les petites fleurs discrètes apparaissent de janvier à avril. Les plantes femelles portent à l’automne des baies blanches, collantes, contenant un embryon.
La dispersion repose exclusivement sur des oiseaux comme la grive draine et la fauvette à tête noire.
Les touffes peuvent atteindre un mètre de diamètre et vivre 60 à 70 ans.
Le nom latin Viscum signifie « colle » : les Romains fabriquaient une glu à oiseaux à partir des baies.
La variété la plus répandue en Suisse et en Europe centrale, Viscum album, comporte trois sous‑espèces selon l’hôte :
Le gui des feuillus colonise surtout : tilleul, saule, peuplier, érable, robinier, bouleau, noisetier, et aussi pommiers.
Certaines essences sont presque « résistantes » : chêne, hêtre, frêne, orme, platane, cerisier, prunier, quetschier et poirier.

Des documents anciens affirmaient que les baies étaient fortement toxiques et les autres parties légèrement toxiques. Aujourd’hui, les centres antipoison estiment que le gui est faiblement toxique. En cas d’ingestion :
Les offices de l’environnement, les institutions agricoles et le NABU signalent une augmentation du gui dans certaines régions de Suisse, d’Allemagne et du Liechtenstein. Les pommiers sont particulièrement touchés. Lorsque les touffes deviennent nombreuses et anciennes, elles privent l’arbre d’eau et de nutriments, ce qui peut entraîner son dépérissement — un problème écologique pour les vergers haute‑tige riches en biodiversité.
Même sans usage médicinal, le gui reste un symbole fort. Cette plante qui pousse en hauteur, qui reste verte en hiver et qui porte des baies blanches a fasciné toutes les époques.
Le rituel du baiser sous le gui serait né en Angleterre.
En Allemagne, le gui ne portait chance que s’il était offert.
En Suisse, il symbolise la fertilité.
En France, on suspend des branches de gui aux portes pour le Nouvel An :
« au gui l’an neuf » — avec le gui vient la nouvelle année.
La tradition d’accrocher le gui à l’extérieur est pratique : à l’intérieur, la chaleur le ferait vite faner, alors qu’au froid il reste longtemps frais et vert.