Dans le monde entier, la biodiversité médicinale est menacée par le changement climatique. Les plantes médicinales doivent être mieux protégées et davantage étudiées.
Texte : Andrea Pauli
La moitié de tous les médicaments autorisés dans le monde au cours des quatre dernières décennies reposait sur des substances actives d’origine végétale – ou s’en est inspirée. Les plantes médicinales, s’accordent des scientifiques de premier plan au niveau international, sont indispensables à une prise en charge médicale durable de l’humanité. À plus forte raison dans les régions du monde où la population n’a pratiquement pas accès à des médicaments commerciaux.
Mais les plantes médicinales sont de plus en plus sous pression : le changement climatique les fragilise, leurs habitats naturels se réduisent de manière alarmante et la cueillette sauvage non contrôlée met certaines espèces aux portes de l’extinction. De plus, le savoir traditionnel sur les plantes médicinales se perd à mesure que les cultures autochtones sont marginalisées.
En effet, dans de nombreuses langues autochtones, le savoir sur les plantes médicinales est transmis uniquement de manière orale. Une étude de l’Université de Zurich estime qu’à l’échelle mondiale, 75 % des usages ne sont connus que dans une seule langue. La situation semble particulièrement critique en Amérique du Nord et dans la région amazonienne, où plus de 86 % des connaissances médicales seraient transmises uniquement dans une langue autochtone menacée. Or, selon des estimations, plus d’un tiers des langues existantes devraient disparaître d’ici la fin du siècle – emportant avec elles un précieux savoir sur les plantes médicinales. Point encourageant : d’après cette étude, moins de 5 % des espèces de plantes médicinales examinées seraient elles-mêmes directement menacées à court terme.
Les plantes médicinales utilisées pour fabriquer les remèdes naturels A.Vogel proviennent exclusivement de cultures biologiques contrôlées propres à l’entreprise, de cueillettes sauvages autorisées et de projets durables dans le pays d’origine de la plante – en tenant compte des besoins des sols et des populations locales.

Les plantes médicinales sont des cadeaux précieux de la nature. Mais les ressources sont en danger. Fabricant de médicaments phytothérapeutiques, A.Vogel a donc particulièrement conscience de ses responsabilités.
Des chercheurs en biodiversité ont appelé, dans la revue spécialisée The Lancet Planetary Health, à intensifier de manière systématique la recherche sur les plantes médicinales afin d’exploiter durablement leur potentiel pour la santé mondiale. Une chose est claire : il y a urgence, car le risque que des plantes disparaissent avant même que leurs propriétés thérapeutiques aient été identifiées et étudiées est immense.
Les scientifiques s’inquiètent également du fait que le stress causé par le changement climatique pourrait altérer l’efficacité thérapeutique connue des plantes médicinales. Les matières premières végétales ne répondraient alors plus aux exigences de qualité et de sécurité nécessaires.
Au-delà de l’utilité que nous tirons, nous humains, des plantes médicinales, celles-ci sont d’une importance majeure pour la nature elle-même. « Les substances végétales bioactives que nous utilisons comme remèdes remplissent dans la nature des fonctions spécifiques dans l’interaction entre la plante et l’écosystème – de la pollinisation à la qualité des sols », souligne le professeur junior David Nogués Bravo, du Center for Macroecology, Evolution and Climate de l’Université de Copenhague. Il est également coauteur de l’appel mentionné plus haut.
Les substances végétales secondaires, qui peuvent avoir une forte action médicale, jouent un rôle clé dans les réseaux écologiques. Elles régulent par exemple la pollinisation, repoussent les prédateurs, empêchent les infections dans des organes végétaux endommagés ou aident à gérer des stress tels que le froid et la sécheresse.
« Des températures extrêmes, des périodes de sécheresse et une concentration accrue de CO₂ dans l’atmosphère peuvent perturber cette interaction complexe. La recherche sur le climat et sur la biodiversité doit donc collaborer – à tous les niveaux, du génétique et du moléculaire jusqu’aux communautés d’espèces et aux écosystèmes – afin d’élaborer les bases de stratégies de protection adaptées », demande Nogués.
« Les plantes médicinales ne produisent des médicaments que si les conditions écologiques sont réunies ; il faut donc protéger ces conditions écologiques pour fabriquer des médicaments naturels », rappelle son collègue, le Dr Spyros Theodoridis, du centre de recherche Senckenberg Biodiversité et Climat à Francfort.

Jardin « Hortus » de Markus Gastl. Plate-bande en trou de serrure ; la caisse grillagée contient du compost. À l’arrière-plan : tailles d’arbres fruitiers empilées, servant d’abri pour les animaux.
Protéger efficacement les plantes médicinales est donc un défi d’avenir – à notre bénéfice à tous. Des exigences strictes de la part de toutes les entreprises important des plantes médicinales sont indispensables. « Les entreprises pharmaceutiques ne devraient accepter que du matériel correctement certifié et d’origine connue, et non du matériel récolté illégalement à l’état sauvage », souligne le Dr Theodoridis.
Les systèmes de permaculture, qui imitent les écosystèmes naturels, sont particulièrement bienvenus. Ils permettent de cultiver durablement des plantes médicinales sans devoir les prélever dans la nature. Les cueilleurs sauvages pourraient même y trouver une source de revenus.
Dans le domaine de l’étude pharmacologique des plantes médicinales, les avancées sont déjà très encourageantes. D’une part grâce à de nouveaux développements dans l’analyse des produits du métabolisme (métabolomique). D’autre part au niveau génomique : des mélanges complexes de substances actives issus d’extraits végétaux peuvent être décomposés avec grande précision et certaines composantes isolées.Exemple : le séquençage du génome de l’if afin d’identifier les gènes responsables de la biosynthèse du paclitaxel (un cytostatique utilisé dans le traitement de cancers).